L'artiste britannique Steve McQueen vient de réaliser son premier film, Hunger, Caméra d'Or du Festival de Cannes
2008. Vidéaste brillant, il expose à la galerie Marian Goodman trois
œuvres filmiques, composées de paradoxales images inanimées.
Le rapport au cinéma est prégnant dans l'œuvre de l'artiste anglais à
la renommée internationale : lauréat du Turner Prize en 1999, il battra
pavillon anglais à la prochaine Biennale de Venise. Cinq ans après sont
exposition « Speaking in Tongues » au Musée d'Art Moderne de la Ville
de Paris, et au moment même de la sortie en France de Hunger, Steve McQueen
présente à la galerie Marian Goodman trois œuvres dans lesquelles il
prolonge, par le biais d'une pratique plasticienne, sa réflexion sur le
cinéma, dont il contredit, dans une esthétique minimaliste et
non-narrative, la caractéristique de « motion pictures ».
Rayners Lane
(2008), filmé en 16 mm (qui donne à l'image, par ses imperfections, une
épaisseur que n'a pas la vidéo) est un plan fixe de dix minutes sur un
mur de brique. Rien ne paraît sur le mur ainsi dédoublé de la galerie,
nul accident ne vient perturber l'image, nul mouvement ni son ne sont
perceptibles, hormis ceux de la pellicule qui défile dans le
projecteur. Dans un retour ontologique sur lui-même, le cinéma, ici,
est réduit à son essence technique, mécanique, et n'est plus,
littéralement, cette « fenêtre ouverte sur le monde » qui succéda à la
peinture.
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