Certains de ces groupes de pression s'activent depuis le 8 janvier,
date de l'annonce par Nicolas Sarkozy de la suppression de la publicité
sur France Télévisions. D'autres s'étaient préparés loin en amont,
quelques-uns se sont lancés dans la course un peu tard. Bilan: les
députés de tous bords ont proposé 870 amendements visant à modifier le projet de loi 1209 relatif à la communication audiovisuelle et au nouveau service public de la télévision.
Lors d'un dîner, les lobbyistes font le siège du rapporteur UMP
Mardi 18 novembre, un restaurant au septième étage d'une annexe de
l'Assemblée nationale accueillait un dîner du Club parlementaire pour
l'avenir de l'audiovisuel (CPAA). Cette structure n'a aucune existence
officielle à la Chambre, contrairement à un groupe parlementaire, par
exemple. Elle est financée par des chaînes de télévision (privées ou
publiques) et des groupes de télécom, et co-présidée par le député UMP
Frédéric Lefebvre et par Emmanuel Hamelin, autre membre du parti
majoritaire qui n'est plus parlementaire depuis les dernières
législatives. Lefebvre, "porte-flingue" de Sarkozy, est toujours
actionnaire (en nue-propriété, donc sans en toucher les bénéfices) d'un
cabinet de lobbying, Pic Conseil, qui a notamment Bouygues Télécom pour
client.
Invitée d'honneur du dîner organisé à une semaine du début de
l'examen de la loi à l'Assemblée, la ministre de la Culture et de la
Communication, Christine Albanel. Parmi la centaine de convives, des
représentants de toutes les structures intéressées à la loi (chaînes,
radios, producteurs, groupes télécom, mais pas de syndicats de
salariés), des patrons comme Pascal Nègre (Universal) ou des élus comme
Patrick Balkany (député-maire UMP de Levallois). Et une quinzaine de
journalistes.
Des propositions d'amendement reprises telles quelles par les députés
Après le dîner, le député UMP Christian Kert, rapporteur de la
commission spéciale qui examine les amendements, est littéralement pris
d'assaut. Des lobbyistes -représentant notamment Lagardère, NRJ et une
association de producteurs de cinéma- le pressent de questions en
s'efforçant de le convaincre d'adopter leurs positions. Un journaliste
qui assiste à la scène s'amuse: "C'est fascinant, la loi est en train
de se faire sous nos yeux!"
Soit en direct (les sociétés contactent les législateurs), soit par
le biais de cabinets de lobbying, ces acteurs bombardent depuis des
mois les députés de propositions d'amendements, comme le montre ce courrier
émanant d'un fournisseur d'accès à Internet. Parfois, ainsi que le
révèle Le Canard Enchaîné cette semaine à propos de TF1, les textes
envoyés sont repris tels quels par les parlementaires. En l'occurrence,
Christian Kert lui-même défend l'idée de plafonner l'assiette de la
taxe pour les télés privées à 50% de l'augmentation de leur chiffre
d'affaires publicitaire.
Des députés UMP régalés au siège de TF1
TF1 s'est montrée particulièrement soigneuse avec les élus de la
majorité. La chaîne -qui a répondu "pas de commentaire" à notre demande
d'interview- les a reçus par charrettes entières à son siège du Point
du Jour, à Boulogne-Billancourt, pour des petits-déjeuners, des
déjeuners ou des dîners. Souvent, des amendements étaient proposés dès
le lendemain.
Après un repas mercredi 19, ce fut le cas de celui, très
controversé, visant à imposer à France Télévisions la diffusion de
films institutionnels sur les "grandes causes" au lieu de démarrer ses
programmes de soirée dès 20h35. Manière de ne pas concurrencer les
tunnels de pub traversés au même moment sur les chaînes privées.
L'amendement en question n'a pas passé le filtre de la commission et ne
sera pas débattu.
Un chercheur: "L'intérêt du service public n'a pas été relayé"
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